Lettre ouverte à Monsieur Macron et Madame Bachelot

Monsieur le Président de la République,

Madame la Ministre de la Culture,

après le caractère « non essentiel » du livre décrété en novembre, vous persistez ce mois de décembre en interdisant l’ouverture des lieux culturels. Permettez que je dénonce une certaine grossièreté dans ces décisions.

Vous invoquez des raisons sanitaires : je doute que ce prétexte puisse résister longtemps au spectacle obscène de foule dans les magasins. Le message que vous envoyez est assez clair : oui à la Consommation, oui à la Religion (celle qui célèbre Noël), mais non à la Culture.

Je suis violoniste.

Mon métier est bien plus que jouer de la musique.

Vous semblez ignorer l’intérêt général des missions que les artistes et structures culturelles remplissent au quotidien : en mettant la créativité au service de la fabrique de réflexions plurielles, de la diffusion de points de vue nuancés et hétérogènes, et en la déconnectant d’une rentabilité financière directe, ce secteur permet à notre société dans toute sa diversité de tenir debout.

Vous interdisez aux artistes de se produire en public, mais vous nous engagez à répéter. C’est évacuer la question du sens.

L’Histoire retiendra donc que vous avez sacrifié les structures artistiques et culturelles afin que les temples de la consommation soient honorés comme il se doit, même en période de crise sanitaire. Les sorties dans les centres commerciaux ne sont pas obligatoires, mais les alternatives inexistantes.

Notre civilisation occidentale se meurt, et dans son agonie le capitalisme tente le tout pour le tout : ôter les possibilités de choix, empêcher la fabrique de l’intelligence. Ne pas réfléchir, juste consommer.

Mais cela se voit. Votre système est tellement aux abois qu’il ne prend même plus la peine de déguiser ses attaques.

S’il est vrai que la peur a bien aidé au conditionnement et à l’obéissance du peuple, vous sous-estimez les besoins d’artistique, de sensible et d’intelligence, non satisfaits durant cette année 2020, ainsi que le potentiel créatif de vos concitoyens. Vous êtes cependant, Monsieur le Président, élu par le peuple, et à son service.

Le « non essentiel » a un goût amer, et vos décrets pris à la hâte compliquent nos missions.

Mais vous ne m’empêcherez pas de faire mon métier : l’artistique reste une nécessité impérieuse pour les humains que nous sommes.

Virginie Basset, musicienne, 13 décembre 2020

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