EXPRIM – concert déconfiné

EXpérience

Partageable de

Résistance à

l’Isolement

Musical

En mai 2020, après le confinement, voici le déconfinement.

Les salles de spectacles restant fermées et un grand nombre de festivals annulés, je reste empêchée d’exercer mon métier : jouer de la musique en concert. Tous les publics deviennent ainsi – ironie du sort – des publics empêchés, expression du ministère de la culture définissant les personnes qui ne peuvent se déplacer dans les lieux culturels.

Le merveilleux internet ne remplacera pourtant pas l’expérience du spectacle vivant.

Je ressens un profond désaccord et un immense malaise avec la gestion politique de cette crise sanitaire qui oppose liberté et sécurité, et impose aux citoyens peur, autoritarisme et répression. ; là où il serait possible d’imaginer éducation, confiance, responsabilité et intelligence collective. Les petites graines de belles idées ne grandissent que si on se donne de les planter et de les faire pousser.

La distanciation sociale est incompatible avec le spectacle vivant : l’artistique se partage en proximité. Comment réinventer alors cette proximité, avec les contraintes d’aujourd’hui, sans attendre de « reprendre notre vie d’avant » ?

Puisque les rassemblements sont interdits, puisque les salles de spectacles sont fermées, je propose EXPRIM, concert déconfiné : vendredi 15 mai à 20h je jouerai du violon dans les rues de mon village, sous les fenêtres de mes voisins, comme une sérénade en alternative à la grande messe de la télévision.

Un parcours avec des pauses musicales pour faire résonner (raisonner) les murs en pierres de Ludesse, là où les fenêtres s’ouvriront. Si certains se rencontrent dans la rue, je suis sûre qu’ils trouveront les distances justes pour que chacun se sente en confiance et se préoccupe de la sérenité de ses voisins.

J’ai choisi pour ce concert un répertoire de violon et de chant qui disent en arménien, en hébreu, en kabyle ou en portugais la liberté, la confiance et l’humanité. La musique ne connaît pas les frontières, elle voyage entre les pays, les gens et les coeurs. Elle ne peut rester confinée devant l’écran.

Soyons clair, il n’y a là aucun intérêt économique. Il s’agit d’un acte artistique qui n’a pas d’autre utilité que d’offrir de partager du sensible « en vrai », c’est à dire de personne à personne dans un même lieu et un même temps.

Un premier vendredi, et peut être les suivants, sauf si la pluie s’en mêle, mon violon n’aime pas l’eau.

Les publics sont empêchés mais le spectacle reste vivant.

A vendredi.

Virginie Basset, violoniste, 7 mai 2020

Les commentaires sont fermés.